Ekhbary
Wednesday, 28 January 2026
Breaking

Port d'armes : intox autour du pistolet porté par Alex Pretti, tué par des agents fédéraux américains

Port d'armes : intox autour du pistolet porté par Alex Pretti, tué par des agents fédéraux américains
Ekhbary Editor
1 day ago
36

En plus d'avoir qualifié d'Alex Pretti, tué samedi par des agents fédéraux à Minneapolis, de "terroriste de l'intérieur", les autorités américaines ont aussi affirmé à tort que la victime n'avait pas le droit de porter une arme. D'autres intox, notamment sur la photo de l'arme récupérée par la police de l'immigration américaine (ICE), ont aussi entouré cet événement dramatique.

Les autorités américaines multiplient les fausses déclarations : depuis la mort d'Alex Pretti, manifestant tué à Minneapolis par la police de l'immigration américaine (ICE) le 24 janvier, la Maison Blanche n'a cessé de présenter à tort la victime comme un "terroriste de l'intérieur" qui aurait attaqué directement des agents fédéraux. 

Dans les premières heures après la mort d'Alex Pretti, Stephen Miller, influent conseiller de la Maison Blanche, avait ainsi déclaré qu'Alex Pretti avait "tenté d'assassiner un représentant de la loi fédérale".

À lire aussiÉtats-Unis - Donald Trump : Stephen Miller, un conseiller très spécial

Ce discours a toutefois été très rapidement mis à mal par les enquêtes de différents médias internationaux, qui ont reconstitué la scène seconde par seconde à l'aide des nombreuses vidéos filmées sur place (voir par exemple les enquêtes du New York Times, de la BBC ou de la plateforme d'enquête Bellingcat). Toutes ont conclu que la victime de 37 ans ne menaçait pas les agents et était uniquement en train de filmer des officiers avec son téléphone portable quelques secondes avant d'être mise au sol puis de se faire tuer par les tirs d'un agent fédéral.

Les images de la scène montrent également qu'Alex Pretti, qui était armé d'un pistolet de calibre 9 mm au niveau de la ceinture, avait été désarmé par un agent de la police fédérale quelques secondes avant de se faire tirer dessus, comme l'a documenté le Washington Post.

Mais selon le discours des autorités fédérales américaines, la victime n'aurait aussi pas eu le droit de porter une arme lors de la manifestation. Un argumentaire défendu notamment par le directeur du FBI Kash Patel, qui a déclaré au micro de Fox News au lendemain de la mort de Pretti : "Vous ne pouvez pas apporter une arme à feu chargée avec plusieurs chargeurs à une manifestation, quelle qu'elle soit. C'est aussi simple que cela. Vous n'avez pas le droit d'enfreindre la loi et d'inciter à la violence". 

La veille, Bill Essayli, un procureur fédéral en Californie aux positions pro-Trump, avait également écrit sur X : "Si vous vous approchez des forces de l'ordre avec un pistolet, il y a de fortes chances qu'elles soient légalement habilitées à vous tirer dessus. Ne le faites pas !"

"Nous ne pouvons pas tolérer que des individus entravent les opérations des forces de l'ordre, se présentent armés sans pièce d'identité et affrontent les forces de l'ordre", avait pour sa part déclaré la secrétaire à la Sécurité intérieure Kristi Noem sur Fox News. 

Mais Alex Pretti ne semble, à ce jour de l'enquête, pas avoir enfreint de loi. La police de Minneapolis, qui a indiqué qu'Alex Pretti détenait un permis de port d'arme, a également déclaré que la victime n'avait rien fait d'illégal au vu des images. 

Le chef de la police de Minneapolis Brian O'Hara a notamment confirmé dans l'émission Face the Nation de CBS News qu'Alex Pretti exerçait à la fois son "droit au "premier amendement [de la Constitution américaine ] pour enregistrer l'activité des forces de l'ordre" avec son téléphone et également "son droit au deuxième amendement d'être légalement armé dans un espace public de la ville".

Ce deuxième amendement de la Constitution américaine, très discuté depuis des décennies de par la liberté accordée aux citoyens américains de détenir légalement une arme dans l'espace public, dispose le "droit du peuple de détenir et de porter des armes". 

Si les législations diffèrent selon les États, aucune loi n'empêche une personne qui détient légalement une arme à feu de LA porter dans l'espace public au Minnesota, même lors d'une manifestation. Seules les personnes sans permis sont concernées par des restrictions dans l'espace public, comme le disposent les statuts de l'État. Les potentielles limites principales au port d'arme pour les détenteurs d'un permis s'appliquent uniquement à des établissements publics (comme des universités) ou des lieux privés qui refusent explicitement le port d'arme.

Pour afficher ce contenu X (Twitter), il est nécessaire d'autoriser les cookies de mesure d'audience et de publicité.

Un cas similaire s'est produit à Chicago, après qu'un couple possédant des armes légalement lors d'une manifestation devant les locaux de l'ICE a été arrêté et poursuivi. Début octobre, toutes les poursuites judiciaires ont été abandonnées lors d'une décision considérée comme "très rare", qui avait montré l'absence de preuves dans cette affaire portée par l'administration Trump. 

Sur la base du second amendement, plusieurs organisations de défense des droits des détenteurs d'armes, habituellement républicaines et parfois proches de la mouvance trumpiste, ont également défendu Alex Pretti, rappelant qu'aucune loi ne mentionnait une telle interdiction.

"C'est totalement faux au regard du droit du Minnesota", a par exemple réagi le Groupe de défense des propriétaires d'armes dans le Minnesota sur X, en réponse aux propos de Kash Patel, directeur du FBI. "Il n'existe aucune interdiction pour un titulaire d'un permis de porter une arme à feu chargée, avec plusieurs chargeurs, lors d'une manifestation ou d'un rassemblement au Minnesota". 

"Si M. Pretti a été désarmé — en l'absence de toute autre preuve d'un quelconque risque pour un agent — je ne vois pas comment le recours à la force létale pourrait être justifié", a également exprimé Rob Doar, vice-président de ce groupe de défense au média local Minnesota Star Tribune.

La National Rifle Association (NRA), organisation historiquement républicaine qui défend le droit au port d'armes, a même répondu aux propos de Bill Essayli sur X, qualifiant ses propos de "dangereux et incorrects". Même chose du côté du lobby de la "Gun Owners of America", qui a affirmé sur X que "le deuxième amendement protège le droit des Américains de porter une arme en manifestant". 

Depuis les propos de Kristi Noem et Kash Patel, plusieurs journalistes ont également partagé des photos prises lors d'autres manifestations ces dernières années, qui montraient des rassemblements de manifestants pro-Trump, équipés d'armes en pleine rue, sans qu'aucune arrestation ne se produise. 

Pour afficher ce contenu X (Twitter), il est nécessaire d'autoriser les cookies de mesure d'audience et de publicité.

Au-delà des propos des différents responsables américains sur le port d'arme, une certaine confusion a entouré la photo du pistolet d'Alex Pretti. Sur X, plusieurs internautes ont en effet affirmé que la photo, publiée par le département de la sécurité intérieure américain (DHS), provenait de Google Images et n'avait aucun lien avec l'événement.

La preuve : une capture d'écran réalisée après la mort d'Alex Pretti des résultats de l'outil de recherche d'image inversé Google Lens (voir notre guide ici) pouvait en effet laisser croire que cette photo avait déjà été publiée en ligne quelques jours avant la mort de l'infirmier de 37 ans sur un groupe de discussion de la plateforme Reddit (voir ci-dessous).

Mais la date indiquée par Google Images/Lens  - "Il y a cinq jours" en anglais - n'est pas correcte : elle correspond en réalité à la date de création de la conversation sur Reddit, et non à la publication de la photo, diffusée sur ce canal dans les heures qui ont suivi la mort d'Alex Pretti le 24 janvier. 

En cliquant sur le lien vers le groupe Reddit en question, on retrouve bien l'image publiée sur Reddit le 24 janvier après la publication du Département de la sécurité intérieure américain dans une sous-conversation Reddit créée cinq jours avant la mort d'Alex Pretti - d'où l'erreur de date, comme l'a précisé le spécialiste dans la vérification de contenus en ligne Tal Hagin.

Ces derniers jours, une autre intox au sujet des manifestations a également beaucoup circulé sur X : une image supposément prise dans le Minnoseta qui montrait un graffiti "Ayatollah please send help" ("Ayatollah envoyez s'il vous plaît de l'aide" en français, en référence au Guide suprême iranien Ali Khamenei).

Ce tag a été considéré par de nombreux internautes comme un pied de nez aux propos de Donald Trump, qui avait déclaré vouloir aider le mouvement de protestation ces dernières semaines en Iran contre le pouvoir en place. Mais l'image est en réalité une image modifiée, qui est issue d'une vraie vidéo d'un tag en Iran.

La vidéo originale, publiée notamment par le média américain CNN le 24 janvier, montrait un manifestant en Iran taguer ce mur jaune sur lequel on peut lire : "President Trump please help". On y retrouve le même mur jaune, ainsi que le poteau et l'arbre en arrière-plan.

Le contenu auquel vous tentez d'accéder n'existe pas ou n'est plus disponible.