Iran - Agence de presse Ekhbary
Iran : Le nouveau régime face au défi de la résilience et de la "guerre d'usure"
La déclaration du président américain Donald Trump, ce mercredi 11 mars 2026, selon laquelle « il ne reste pratiquement plus rien à frapper en Iran », résonne comme une évaluation potentiellement prématurée ou une tentative de minimiser la capacité de nuisance de Téhéran. En effet, au douzième jour d'un conflit régional d'une intensité croissante, l'Iran continue de défier les attentes en menant des attaques persistantes contre Israël et plusieurs pays du Golfe. Cette capacité à projeter sa puissance, même sous une pression militaire et politique écrasante, soulève des questions fondamentales sur la structure et la détermination du régime iranien, d'autant plus qu'il a subi un choc majeur avec l'élimination de son ancien Guide suprême.
Le 28 février 2026, la mort du Guide suprême a été perçue par certains observateurs comme un coup fatal, une « décapitation » du régime qui devait, en théorie, paralyser sa coordination et sa volonté. Pourtant, en un temps record, une nouvelle figure a émergé pour prendre les rênes : Mojtaba Khamenei, le fils de l'ancien leader. Cette transition rapide, bien que potentiellement précaire, a permis au régime de maintenir une façade de continuité et de commander des opérations militaires complexes. La résilience de Téhéran, défiant les pronostics occidentaux, s'explique par une combinaison de facteurs internes et externes, analysés par des experts.
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David Rigoulet-Roze, chercheur à l’Institut français d’analyse stratégique (IFAS) et rédacteur en chef de la Revue Orients stratégique, souligne que « la structure du pouvoir iranien, bien que fortement centralisée autour du Guide, est également dotée de mécanismes de succession et d'organisations parallèles, comme les Gardiens de la Révolution, qui assurent une certaine robustesse face aux chocs. La loyauté institutionnelle et la doctrine révolutionnaire cimentent une partie de l'appareil d'État, permettant des transitions même en période de crise aiguë. » Cette analyse met en lumière la profondeur organisationnelle de l'État iranien, capable de s'adapter rapidement même après la perte de sa figure emblématique.
La persistance des attaques iraniennes en Israël et dans les pays du Golfe, malgré les frappes américaines et les pertes subies, suggère une stratégie délibérée de « guerre d'usure », telle qu'annoncée par Téhéran. Cette approche vise à épuiser l'adversaire sur le long terme, à tester sa résolution et à maintenir une pression constante, plutôt qu'à rechercher une victoire militaire décisive immédiate. Kian Habibian, Franco-Iranien et cofondateur de l'association « We Are Iranian Students », observe que « pour le régime, la survie est intrinsèquement liée à la résistance. Chaque attaque menée, chaque missile tiré, est un message interne et externe : nous sommes toujours là, nous ne plierons pas. C'est une question de légitimité et de maintien de la cohésion nationale face à l'ennemi perçu. »
Les défis internes pour Mojtaba Khamenei sont immenses. Sa légitimité n'est pas héritée de manière dynastique mais doit être consolidée au sein d'un système théocratique complexe, où le consensus des élites religieuses et militaires est primordial. Azadeh KIAN, professeur émérite de Sociologie à l’Université Paris Cité et spécialiste de l’Iran, explique que « la désignation de Mojtaba, bien que facilitée par son lignage, est un pari risqué. Il doit prouver sa capacité à unifier les différentes factions, à gérer la crise économique exacerbée par le conflit et à maintenir l'ordre public. La "guerre d'usure" externe pourrait être un moyen de détourner l'attention des difficultés internes et de galvaniser un soutien nationaliste, mais cela comporte le risque d'une escalade incontrôlable. »
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Les perspectives de ce conflit sont donc incertaines. Si l'Iran parvient à maintenir une capacité de nuisance significative et à consolider le pouvoir de son nouveau Guide, la région pourrait s'enfoncer dans une confrontation prolongée, marquée par des attaques asymétriques et des tensions accrues. La communauté internationale, et en particulier les États-Unis, se trouve face à un dilemme : comment répondre à une résilience inattendue sans provoquer une escalade encore plus dévastatrice ? La « guerre d'usure » iranienne pourrait bien être une stratégie de survie qui, paradoxalement, menace la stabilité de l'ensemble du Moyen-Orient, testant les limites de la patience et des capacités de riposte des puissances mondiales et régionales.