Canada/Chine - Agence de presse Ekhbary
La Chine salue le réalignement stratégique du Canada dans un contexte de tensions mondiales
Le paysage géopolitique mondial est en pleine reconfiguration avec le récent rapprochement entre la Chine et le Canada, un mouvement stratégique que Pékin a qualifié de « décision correcte ». Le ministre chinois des Affaires étrangères, Wang Yi, a exprimé sa profonde satisfaction ce samedi (14.02.2026) lors d'une rencontre avec son homologue canadienne, Anita Anand, en marge de la prestigieuse Conférence de Munich sur la sécurité. Wang Yi a souligné que l'engagement d'Ottawa en faveur d'une « nouvelle politique » de rapprochement avec Pékin constitue une étape fondamentale, malgré les critiques et les avertissements considérables émanant des États-Unis, un allié traditionnel du Canada.
Ce nouvel élan dans les relations bilatérales ne surgit pas de nulle part, mais est le résultat d'une série d'efforts diplomatiques et commerciaux de haut niveau. Le communiqué du ministère chinois des Affaires étrangères, publié après la réunion de Munich, a mis en lumière les « résultats fructueux » de la récente visite de l'ancien Premier ministre canadien, Mark Carney, au géant asiatique. Ce voyage a jeté les bases d'un consensus ambitieux : la « construction d'un nouveau type de partenariat stratégique » entre les deux nations. Dans ce cadre, Pékin a exprimé sa ferme volonté de « relancer les échanges et la coopération dans divers domaines » et, de manière significative, d'« éliminer les interférences » dans leurs relations, une allusion à peine voilée à l'influence de Washington.
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Bien qu'Ottawa et la ministre Anand n'aient pas encore publié de déclaration officielle concernant la réunion de Munich, le ministère chinois des Affaires étrangères a affirmé qu'Anand avait convenu de l'évaluation du « succès retentissant » du voyage de Carney, qui, selon elle, « a ouvert une nouvelle ère » dans les liens avec Pékin. La visite de Carney en Chine, qui comprenait une entrevue avec le président chinois, Xi Jinping, a abouti à la signature d'accords économiques de grande envergure. Parmi ceux-ci, se distingue l'autorisation par le Canada de l'entrée de jusqu'à 49 000 véhicules électriques chinois par an, avec un tarif préférentiel de 6,1 %, une réduction drastique par rapport aux 100 % appliqués précédemment. De son côté, Pékin a accepté de réduire considérablement les droits de douane sur le colza canadien à 15 %, contre 84 % auparavant, et d'éliminer les taxes sur les produits agricoles et de la mer tels que les pois, les homards et les crabes.
Outre ces accords commerciaux, le Canada s'est engagé à réviser et à apporter des « ajustements positifs aux mesures unilatérales » qu'il avait mises en œuvre contre les produits chinois en acier et en aluminium, ainsi que dans certains cas liés aux investissements chinois et aux opérations d'entreprises asiatiques sur le territoire canadien. Ces engagements mutuels reflètent une volonté politique claire de surmonter les frictions passées et d'établir une relation plus constructive et mutuellement bénéfique. Un geste diplomatique supplémentaire qui a contribué à ce dégel est l'annulation, quelques semaines après les accords, de la condamnation à mort prononcée en 2019 contre un citoyen canadien reconnu coupable de trafic de drogue, une mesure qui a historiquement été un point de tension considérable entre les deux pays.
Le rapprochement entre Ottawa et Pékin n'a pas été sans controverse, en particulier de la part des États-Unis. L'ancien président américain, Donald Trump, a réagi en menaçant d'imposer de nouveaux tarifs douaniers au Canada, son deuxième partenaire commercial. Bien qu'Ottawa ait démenti toute intention de signer un accord de libre-échange avec Pékin, Trump a averti avec véhémence que, si un tel scénario se produisait, « la Chine mangera le Canada, elle le dévorera complètement ». Ces déclarations soulignent l'inquiétude de Washington face à tout mouvement qui pourrait être perçu comme une fissure dans le front occidental contre l'influence économique et géopolitique de la Chine.
L'histoire récente des relations sino-canadiennes a été marquée par des montagnes russes de tensions et de détentes. Les liens ont commencé à se détériorer brusquement en 2018, suite à l'arrestation de Meng Wanzhou, directrice financière de Huawei, à Vancouver, à la demande des États-Unis. Pékin a réagi en détenant les Canadiens Michael Kovrig et Michael Spavor et en imposant des sanctions commerciales. Bien que la situation se soit partiellement améliorée en 2021 avec la libération de Meng, Kovrig et Spavor, les relations se sont de nouveau tendues en 2023 lorsque les services de renseignement canadiens ont dénoncé des ingérences chinoises dans leurs élections générales et qu'Ottawa a expulsé un diplomate chinois.
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Dans ce contexte complexe, la visite de Carney en Chine et les accords subséquents représentent une tentative délibérée du Canada de diversifier ses relations économiques. Dans une arène internationale de plus en plus fragmentée et polarisée par des tensions commerciales et géopolitiques croissantes, Ottawa cherche à réduire sa dépendance à un marché unique et à renforcer son autonomie en politique étrangère. Ce réalignement, bien que risqué, pourrait positionner le Canada comme un acteur plus flexible et pragmatique sur la scène mondiale, cherchant un équilibre entre ses alliances traditionnelles et les opportunités émergentes en Asie.