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Thursday, 05 February 2026
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Russie : Un humoriste condamné à près de six ans de prison pour une blague controversée sur des vétérans

Artemi Ostanine, reconnu coupable d'« incitation à la haine

Russie : Un humoriste condamné à près de six ans de prison pour une blague controversée sur des vétérans
Matrix Bot
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Russie - Agence de presse Ekhbary

Russie : Un humoriste condamné à près de six ans de prison pour une blague controversée sur des vétérans

La justice russe a récemment prononcé une peine de cinq ans et neuf mois de prison à l'encontre de l'humoriste Artemi Ostanine. Cette décision, rapportée par les agences de presse russes, intervient après que M. Ostanine a été reconnu coupable d'« insulte aux sentiments des croyants » et d'« incitation à la haine ». En plus de sa peine de détention, le tribunal lui a infligé une amende de 300 000 roubles, équivalant à environ 3 300 euros. Ce verdict s'inscrit dans un climat de répression intensifiée contre toute forme de dissidence ou de critique, particulièrement depuis le début de l'intervention militaire en Ukraine.

L'affaire Ostanine a débuté suite à un spectacle de stand-up donné en mars dernier à Moscou. Lors de sa performance, l'humoriste avait raconté une anecdote où il prétendait avoir été « percuté » dans le métro par un « skateur sans jambes », décrivant ensuite « un abruti qui a sauté sur une mine ». Bien que M. Ostanine n'ait pas explicitement mentionné l'Ukraine ou le conflit en cours, des organisations pro-Kremlin ont rapidement interprété ses propos comme une attaque directe envers les soldats russes blessés au front, les accusant d'insulter les anciens combattants amputés. Cette interprétation a rapidement enflammé la sphère médiatique pro-gouvernementale, transformant une blague de stand-up en une affaire d'État.

La controverse a rapidement escaladé. Quelques jours après la diffusion de sa blague, Artemi Ostanine a été arrêté en Biélorussie, un pays allié de la Russie, avant d'être extradé vers la Russie et placé en détention. Son avocat a dénoncé des actes de violence, affirmant que des agents des forces de sécurité bélarusses l'auraient agressé physiquement avec des matraques et des électrochocs dans une forêt avant de le livrer aux autorités russes. Ces allégations de mauvais traitements, si elles sont avérées, soulignent la brutalité des méthodes employées pour faire taire les voix jugées critiques. En juin, alors qu'il était toujours en détention provisoire, l'humoriste a été ajouté à la liste officielle des personnes reconnues « terroristes » ou « extrémistes », une désignation souvent appliquée aux opposants politiques et aux personnalités critiques du régime, ce qui durcit considérablement sa situation juridique et sociale.

Avant son arrestation, Artemi Ostanine avait tenté de se défendre via la chaîne Telegram « Ostorojono Novosti ». Il avait insisté sur le fait que sa blague ne faisait aucune mention du conflit en Ukraine et n'y faisait même pas allusion. Selon ses explications, il visait à se moquer du « mendiant dans le métro qui se déplace en skate depuis 20 ans », une référence à des personnes handicapées, parfois vêtues de tenues militaires, qui mendient dans les transports en commun moscovites. Cette défense n'a manifestement pas convaincu les autorités, ni les groupes pro-Kremlin qui ont orchestré la campagne contre lui.

Cette affaire est emblématique de la dégradation rapide de la liberté d'expression en Russie depuis l'invasion de l'Ukraine en février 2022. Les autorités russes ont mis en place un arsenal législatif draconien pour réprimer toute remise en cause de leur « opération militaire spéciale », imposant de lourdes amendes et des peines de prison pour des délits allant de la « diffusion de fausses informations » sur l'armée à l'« insulte aux sentiments des croyants », un chef d'accusation souvent utilisé de manière flexible pour cibler des critiques du gouvernement. L'utilisation de ces lois contre un humoriste pour une blague perçue comme irrévérencieuse envers les militaires blessés illustre la ligne rouge que les autorités russes ont tracée, ne tolérant aucune forme de satire ou de critique qui pourrait saper le soutien public à la guerre. La condamnation d'Artemi Ostanine envoie un message clair à tous ceux qui pourraient être tentés de s'écarter de la ligne officielle : la dissidence, même sous forme d'humour, sera sévèrement punie.

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