Agence de presse Ekhbary
Paris —
Le monde entier, particulièrement aux États-Unis et dans le monde arabe, se souvient d'Edward Said (1935-2003) avant tout pour son texte emblématique "L'Orientalisme" (1978). Cet ouvrage, célébré à juste titre, a posé la première pierre de ce qui allait devenir le champ des "études postcoloniales". Il est à noter que l'idée des conditions coloniales de la production du savoir sur "l'Orient" n'a acquis une portée mondiale qu'après sa formulation par Said, suite à la guerre israélo-arabe de 1973, malgré les contributions antérieures de penseurs tels qu'Anouar Abdel-Malek et Talal Asad.
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Redécouvrir les œuvres moins connues de Said
Bien que "Culture et Impérialisme" (1993) soit souvent perçu comme la suite logique de "L'Orientalisme", l'héritage de Said s'étend bien au-delà de ces deux œuvres phares et mérite une attention renouvelée. L'un de ses textes les plus négligés est "Joseph Conrad et la fiction de l'autobiographie" (1966), dont le soixantième anniversaire est célébré cette année. Cet écrit fondateur, qui explore l'obsession de Conrad pour le monde colonisé et l'enthousiasme des colonisateurs européens à remodeler le monde, révèle les germes du projet théorique de Said visant à contraindre la littérature européenne à affronter ses "forces démoniaques".
L'Indissociabilité de la Pensée Critique et Politique de Said
Plus d'une décennie après "L'Orientalisme", Said a proposé une lentille corrective à la théorie littéraire académique dans son ouvrage "Le Monde, le Texte et le Critique" (1983). Il y affirmait que le texte n'est pas un objet figé, abstrait de sa mondanité; ce sont plutôt ses dynamiques qui en articulent la dimension terrestre et universelle. Cette triade du monde, du texte et du critique manifeste la vie sociale de l'acte littéraire. Réduire l'héritage impérissable de Said, notamment dans le monde arabe et islamique, à une interprétation stéréotypée et simpliste de ses écrits politiques, déconnectée de sa théorie littéraire, le déprécie gravement. Sa pensée critique et littéraire est profondément enracinée dans son interrogation politique des textes, formant une approche unifiée qui a forgé un nouveau langage critique.