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Wednesday, 28 January 2026
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Mafia chinoise en Italie : La guerre des cintres fait rage

Mafia chinoise en Italie : La guerre des cintres fait rage
Ekhbary Editor
4 hours ago
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Italie - Agence de Presse Mondiale

La mafia chinoise en Italie est au cœur d'un conflit sanglant qui a atteint son paroxysme avec un double meurtre brutal à Rome. Zhang Dayong et Gong Xiaoqing ont été abattus devant leur domicile dans le quartier de Pigneto en avril, des balles dans la tête, un acte que les enquêteurs qualifient d'exécution mafieuse.

Ce drame, survenu sous les piliers d'une autoroute surélevée, a remis sur le devant de la scène la question du crime organisé chinois dans le pays. Loin de la Cosa Nostra ou de la 'Ndrangheta, il s'agit d'une "mafia cinese" dont l'influence s'étend désormais bien au-delà des communautés traditionnelles.

Ce double homicide n'est pas un incident isolé, mais le point culminant d'une série de violences. Des agressions physiques aux incendies criminels, ce conflit secoue les communautés chinoises d'Europe depuis des années, connaissant une escalade notable depuis 2024.

L'épicentre de cette guerre ne se trouve pas à Rome, mais dans une ville toscane moins connue, Prato. Luca Tescaroli, procureur en chef de Prato, est aux premières loges de cette évolution alarmante. Ancien procureur anti-mafia, il a vu le conflit exploser juste après sa prise de fonction.

Prato, berceau de la fast fashion et de la mafia chinoise en Italie

Prato, ville médiévale de près de 200 000 habitants, abrite environ 32 000 Chinois, peut-être plus. Depuis le 19e siècle, elle est un centre majeur de l'industrie textile européenne. La crise de la mondialisation à la fin des années 1990 a attiré des milliers de migrants de Wenzhou, province du Zhejiang.

Connus pour leur esprit d'entreprise, les Wenzhounais ont sauvé Prato de l'effondrement économique. Ils ont bâti le plus grand centre européen de "fast fashion" : des vêtements "Made in Italy" fabriqués rapidement et à bas prix. La ville estime les revenus de cette industrie à environ 2 milliards d'euros par an, principalement grâce aux exportations.

La majorité de ces entreprises de mode sont désormais détenues par des Chinois. C'est sur cette richesse que se mène aujourd'hui une guerre impitoyable. « Un conflit entre entrepreneurs criminels rivaux a éclaté au sein de la communauté chinoise en juin 2024 », explique Tescaroli.

Il précise que ce conflit implique « des meurtres, des tentatives de meurtre, des incendies criminels et des extorsions ». La guerre, débutée à Prato, a désormais une dimension nationale, voire internationale, comme en témoignent les événements de Rome.

Zhang Dayong, l'une des victimes de Rome, avait lui-même vécu à Prato quelques années auparavant. Il serait la main droite du « boss des boss » de la pègre chinoise, Zhang Naizhong, décrit ainsi par les médias italiens. Arrêté en 2018 pour diriger une organisation mafieuse, Zhang Naizhong est suspecté d'avoir contrôlé la logistique autour du centre de mode de Prato.

Les charges retenues contre son groupe incluaient l'extorsion, l'usure et le trafic de drogue. Le procès principal contre Zhang Naizhong, actuellement en liberté, et 57 autres accusés n'a toujours pas commencé, malgré la fin de l'enquête il y a plusieurs années.

Pendant ce temps, le prétendu chef et ses alliés sont devenus des cibles. Dans les mois précédant les meurtres de Rome, une série d'attaques violentes et d'incendies criminels ont visé principalement des entreprises de logistique, dont plusieurs liées à la famille de Zhang.

Ces attaques se sont concentrées en Toscane. Les incidents majeurs incluent:

  • En février, des paquets incendiaires télécommandés ont visé trois entreprises de logistique à Prato et dans des municipalités voisines, dont une liée au fils de Zhang.
  • Quelques semaines plus tard, des incendies similaires ont éclaté près de Paris et de Madrid, signalant une extension internationale du conflit.
  • Le quotidien italien La Repubblica a documenté un total de 15 incidents violents à Prato et dans les communes adjacentes depuis juin 2024.

La "Guerre des Cintres" et le système parallèle

Le procureur Tescaroli révèle que le conflit tourne autour de "guerres de prix dans le transport de matériaux et la fabrication de cintres". Ce business opère souvent dans l'ombre, avec "un système commercial illégal à Prato qui fonctionne en parallèle des activités légales", affirme-t-il.

Malgré l'ampleur du conflit et la violence croissante, les autorités se heurtent à des difficultés considérables. Zhang Naizhong lui-même refuse de s'exprimer, par l'intermédiaire de ses avocats, clamant son innocence dans le meurtre de Rome.

La "guerre des cintres" continue de faire rage, révélant la face sombre d'une industrie florissante et la capacité d'adaptation du crime organisé à l'économie mondialisée. Les enquêtes se poursuivent pour démanteler ces réseaux et faire la lumière sur les responsabilités.

Agence de Presse Mondiale